Boy A - John Crowley
Boy A doit choisir un nom. Il choisit Jack. Jack Burridge (Andrew Garfield). Boy A, c’est le nom sous lequel il était désigné pendant son procès, en tant que mineur son identité n’était pas révélée.
« A » parce qu’ils étaient deux. Boy B est mort en prison, pendu. Aujourd’hui, jour de sa sortie, Jack, 24 ans, est seul. Presque seul parce qu’il y a Terry (Peter Mullan) un travailleur social qui l’a suivi pendant son incarcération et va l’aider dans son retour au monde.
Tout est à faire, Jack a passé son enfance en prison. Une nouvelle identité, un logement, un boulot, des amis, une copine et une histoire, fausse, car il n’est pas question de dire la vérité, de révéler son passé.

On suit Jack dans sa découverte de la vie, son installation à Manchester, un boulot de manutentionnaire/livreur, les collègues dont certains deviennent des amis, la secrétaire qui sera sa copine. Jack est paumé. Pour ce genre d‘ interactions sociales, une enfance en prison n’est pas la meilleure des écoles. Mais c’est un gentil garçon, un type bien, les gens l’apprécient, s’attachent, l’aiment, nous aussi, et il s’en sort plutôt pas mal.
Des flash-back entrecoupent le récit. Jack a 9 ans, il s’appelle alors Eric Wilson. Ils nous montrent sa vie avant l’événement qui le conduira en prison. On y voit aussi son ami, l’autre gosse mort pendant son incarcération. Jack s’interroge sur cette pendaison. Est-ce une exécution déguisée en suicide ? Si c’est un suicide, qu’elle en est la raison ? La culpabilité, une façon de demander pardon, ou bien l’incapacité à changer et à trouver les forces nécessaires pour tout recommencer comme le fait Jack aujourd’hui ?
Jack n’est plus Eric. Jack n’a rien fait, l’homme qui est sorti de prison à 24 ans n’est pas le gamin qui y est rentré à 9. C’est ce que Terry, le travailleur social, l’ami, le père de substitution essai de lui faire comprendre. Mais Jack a du mal à s’en convaincre. Il aime Michelle (Katie Lyons), il voudrait pouvoir être honnête avec elle, lui dire la vérité. Arrêter de mentir à ses amis. Terry l’en dissuade, les tabloïds, sachant que le gosse survivant a été relâché sont sur sa piste, publient des photos de lui artificiellement vieillies, une mise à prix de 20.000£ a été diffusée sur Internet, sortir au grand jour n’est pas une bonne idée.
Peut-on reconstruire une vie sur un mensonge ? La rédemption est-elle possible ? Peut-on se pardonner ses crimes passés, et si on y arrive les autres le peuvent-ils?
Boy A, basé sur le livre homonyme de Jonathan Trigell (publié en France sous le titre « Jeux d’enfants », nous raconte une histoire prenante et édifiante, dont la tension monte crescendo jusqu’aux deux dénouements, celui d’il y 14 ans avec lequel tout a commencé et celui auquel le Jack devenu adulte devra faire face.
On a d’abord plaisir à suivre Jack dans sa découverte du monde. Andrew Garfield offre une interprétation remarquable de ce jeune homme perdu, timide, nerveux, qui doute et qui a peur. Par certains côtés, le Jack adulte est plus gamin que celui de 9 ans qui apparait dans les flash-back.
Mais l’un dans l’autre, tout semble bien se passer pour lui et l’on s’en réjouit.
La relation qu’il entretien avec Terry, le travailleur social est belle, intense, et marche dans les deux sens : Jack c’est le fils dont il peut être fier. Il a du mal à en dire autant de l’autre fils, celui dont il est le géniteur.
Peter Mullan (qui, lorsqu’il n’est pas acteur réalise : The Magdalene Sisters) est impeccable dans ce rôle d’homme fort, calme, père et ange gardien.

Tout comme Katie Lyons, la secrétaire volontaire qui sera capable, sinon de comprendre les doutes et les peurs de Jack, au moins de les accepter, de voir au-delà de sa gaucherie, de sa timidité et de prendre les choses et Jack en main en en faisant son petit ami.

John Crowley signe avec Boy A un film très humain, basé sur une histoire forte et enrichissante, à la sortie duquel il est difficile de ne pas se poser de questions et peut-être de revoir quelques idées préconçues. Des interprétations remarquables de la part de Garfield et Mullan, une réalisation efficace même si on pourrait lui reprocher à certains moments de faire un peu dans le mélo.
Commentaires
2 commentaires pour “Boy A - John Crowley”
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Bonjour, je confirme que Boy A est un film à voir. Les acteurs sont excellents. L’histoire est tragique. Je ne trouve pas que cela fasse “mélo”. Bonne journée.
Bonjour j’ai adoré Boy A car dans la vie, ce sujet est tabou et l’histoire est réaliste. Par contre je me demande si il meurt a la fin car on le voit prêt a sauter mais on ne le voit pas sauter. Bonne journée.