La traversée de l’été – Truman Capote
La traversée de l’été, exhumé et publié en 2006, c’est en fait le premier roman de Truman Capote, écrit à l’âge de 19 ans, jamais fini, cru perdu, et retrouvé dans un grenier. Ce court roman (environ 120 pages) commencé à New York en 1943 sera abandonné en cours de route au profit de son premier livre majeur et premier succès: « Les domaines hantés ».
Ce n’est pas pour autant un roman inachevé, l’histoire est complète, déroulée jusqu’à sa fin, belle et forte. Retrouvé sous forme de cahiers d’écolier et de pages de notes, les éditeurs n’eurent qu’à en corriger l’orthographe, en préciser la ponctuation et éventuellement rajouter ici et là un mot manquant.
Évidemment nous ne sauront jamais si cette version telle qu’elle nous est proposée aujourd’hui aurait satisfait l’écrivain. Connaissant sa précision et son attachement au « mot juste », il aurait sans doute trouvé à y redire.
Quoiqu’il en soit, en tant que lecteur, nous n’avons pas le sentiment de lire une œuvre dénaturée et infidèle à l’auteur, comme cela peut parfois être le cas lors d’éditions posthumes achevées par les ayant droits ou éditeurs (je pense par exemple à « En route vers l’île de Gabriola » de Malcolm Lowry).
Dans la traversée de l’été on retrouve déjà Capote, son style, fin, subtile, parfois trop précieux, ses atmosphères nostalgiques de la haute société New-Yorkaise qui réapparaitront dans « Petit déjeuner chez Tiffany », ce charme désuet qui décrit magnifiquement et nous plonge dans cet été torride du New York des années 40.
Un roman de jeunesse donc, d’une jeunesse et de ses affres. Grady McNeil, dix-sept ans, fille bien née, bourgeoise de la côte Est, reste seule pour l’été dans l’appartement familial de la 5ème avenue pendant que ses parents embarquent sur le Queen Mary à destination de l’Europe. Un été de liberté.
Alors que sa mère pense à préparer l’entrée de sa fille dans le monde, comme il convient à une demoiselle de bonne famille, Grady pense à Clyde, gardien de parking, petit prolo juif de Brooklyn dont elle est amoureuse.
Pour Grady, la non conformiste (« Tu es un mystère » lui dit sa mère en ouverture du roman), c’est se libérer du carcan social dans lequel sa naissance l’a emprisonné, c’est vivre sa vie et son amour sincèrement. A bas les différences sociales, ils s’aiment et c’est bien la seule chose qui compte. Libérée de la présence de ses parents et de la tutelle de sa sœur ainée, Grady peut désormais vivre pleinement cet amour qui jusqu’à lors devait rester secret. Mais ils s’aiment différemment, ou en tous cas ne se l’expriment pas de la même manière.
Au fur et à mesure que l’histoire se déroule, le malaise s’accroît, les relations entre Grady et Clyde ne sont pas aussi idylliques que prévu. La canicule pèse sur la ville, leur histoire s’alourdit de non-dits et d’incompréhensions mutuelles qui les étoufferont et les conduiront vers un destin tragique.
On est loin du Capote de « De sang froid » ou des « Domaines hantés », La traversée de l’été, pour des raisons évidentes, ne présente pas la force ou l’achèvement d’autres de ses œuvres mais c’est un très beau texte, avec des passages d’une belle finesse, d’une grande intensité, qui vaut d’être lu ne serait-ce que pour apprécier la précocité et le talent d’un grand écrivain de dix-neuf ans.
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