The Wrestler – Darren Aronofsky

Films 

The Wrestler (le catcheur), un film de catch avec Mickey Rourke. Dit comme ça, ça ne donne pas forcément envie.

Non pas que Rourke soit un mauvais acteur, mais on sait qu’il n’a pas toujours était au mieux de sa forme, surtout ces derniers temps. Pour ce qui est du catch professionnel américain, disons que c’est un univers particulier et je confesse ne pas être fan, l’image que j’en ai est pour le moins mitigée.
Mais si on ajoute que le réalisateur en est Darren Aronofsky (Pi, Requiem for a dream, The Fountain) que le film a obtenu le Lion d’Or de Venise, Mickey Rourke le Golden Globe du meilleur acteur (qu’il est nominé pour les Oscars dans la même catégorie) et qu’on a jeté un œil à toutes les critiques laudatives faites sur ce film, ça intrigue et on veut se rendre compte par soi-même de quoi il retourne.

L’histoire : Une gloire du catch, 20 ans après.
Dans les années 80, Randy « The Ram » Robinson est au sommet. Adulé par les foules, figurine à son effigie, jeux vidéo à son nom, il est « The Wrestler ».
L’âge, les blessures, la dope, 20 ans après, quand débute le film, il combat toujours, le week-end, dans des salles paroissiales ou des gymnases d’écoles du New Jersey. Il y gagne de quoi finir la soirée dans un club de strip-tease, mais pas toujours assez pour payer le loyer de son mobile-home dans un trailer park. Alors il dort parfois dans son van. En semaine, il manutentionne.

Pour les gamins du voisinage, pour ses confrères catcheurs de troisième zone et quelques fans nostalgiques il est un ancien grand catcheur respecté.
Pour Cassidy (Marisa Tomei) strip-teaseuse sur la mauvaise pente de l’âge, il est un client/habitué plutôt sympa.
Pour sa fille (Evan Rachel Wood), il est un père inexistant qui est parti.

A la suite d’un combat il fait une crise cardiaque. Les médecins lui disent que pour lui, le catch c’est fini. Il se résigne et essaie de trouver une vie en dehors du ring. Il tente de pousser plus loin avec Cassidy, et ça semble marcher, mais il reste un client et Cassidy ne sort pas avec les clients. Il cherche à renouer avec sa fille, et ça semble être possible, mais c’est un looser, alors forcément il foire et ça complique. Il bosse dans une supérette, mais l’ambiance et le public du rayon frais ne valent pas ceux d’un match de catch dont on est le héros.

Alors il accepte finalement ce match qu’on lui avait proposé, la revanche de son grand combat d’il y a 20 ans. Parce que comme il le dit avant de remonter sur le ring quand on essaie de l’en dissuader: « The only place I get hurt, is out there. The world don’t give a shit about me ».
Et le catcheur s’envole.

Voilà pour l’histoire. Du classique, du déjà vu, la revanche du champion has been. Cliché.
C’est pas faux. Mais d’une certaine manière, Aronofsky fait en sorte qu’on ne s’en rend compte qu’à la fin, et ça fait toute la différence.
Le manque d’originalité du scénario est une des critiques récurrentes de The Wrestler. Mais si les ‘thèmes classiques’ n’avaient du être traiter qu’une seule fois, l’histoire du cinéma ou de la littérature serait bien pauvre.

Une autre critique, qui porte sur l’interprétation de Mickey Rourke cette fois, est qu’il n’a pas de mérite, ce n’est pas un rôle qu’il interprète, c’est l’histoire de sa vie. Pas de travail d’interprétation donc. Et c’est vrai que, même sans connaitre le détail de la vie de Rourke (je ne suis heureusement pas dans ses pompes) les parallèles entre son histoire personnelle et celle de son personnage sont évidents. Mais c’est aussi pour cela que c’est son plus grand rôle.

Là, comme ça, j’avoue que je ne vois pas quel autre acteur aurait pu tenir sa partie, être aussi crédible, touchant, humain dans le rôle du Bélier. Il n’y a pas d’effets spéciaux, pas de lourd maquillage pour représenter la gueule cassé et le corps abimé du catcheur. C’est Rourke au naturel (après une vie d’abus, de boxe et de Botox):

La mise en scène d’Aronofsky reflète ce naturel. Ceux qui ont aimé ses films précédents pour leur sophistication esthétique, leurs gimmicks voir leurs maniérismes risquent de ne pas le reconnaitre. C’est un cinéma quasi réaliste, quasi documentaire. Simple, économe et efficace. Aronofsky est un styliste, ça, il l’a déjà prouvé avec ses précédentes œuvres. Et c’est encore vrai avec The Wrestler mais cette fois il le fait avec une telle maîtrise de son art, sans essayer de nous en convaincre, que c’est d’autant plus efficace, ne nous détourne pas de la rigueur, de l’honnêteté, de la dignité de ce film, de ces personnages et de ce monde qu’il nous donne à voir. (La bande son par exemple, irréprochable et sans les effets un peu lourds de Requiem for a dream).

Pour le côté réaliste et documentaire : les scènes de vestiaires avant et après les matchs sont magnifiques. Aronofsky nous montre ces catcheurs de second rang tel qu’on les a rarement vus, tels qu’ils sont. Et on est touché, ému, charmé par ces types drôles, dignes et sincères qui se mettent d’accord sur qui donne les coups, qui les reçoit pour chorégraphier leur show et donner le maximum à leur public. Ces brutes qui se témoignent de l’affection et du respect avant d’aller se faire saigner entre les cordes. Alors évidemment, le catch, c’est du chiqué, le film n’essaie pas de nous faire croire le contraire, n’empêche que s’il fallait monter sur le ring, je passerais mon tour.
Marisa Tomei, en strip-teaseuse elle aussi en fin de carrière, fait une très belle prestation. Elle gagne avec son personnage de Cassidy sa nomination aux Oscars pour le meilleur second rôle féminin.

Il est presque dommage que le film ne s’attarde pas plus sur cette femme indépendante, qui élève seule son gamin et sent que sa vie arrive à un tournant. On aimerait en savoir plus.

Mais le film, c’est Ram, c’est Rourke. Il est difficile de savoir quelle part dans cette interprétation revient à Aronofsky et à sa capacité à diriger un tel homme sur un plateau mais le résultat est à la mesure du risque qu’il a pris en lui faisant porter le poids de son film.

Je souhaite à Mickey Rourke d’avoir d’autres rôles de cet acabit mais cela semble difficile.

Rourke est Randy « The Ram » Robinson. Il est ce type drôle et maladroit, brisé et touchant, qui vit sur le ring, face à son public et souffre en dehors. Il l’est sans forcer le trait, par une accumulation de petits gestes et d’expressions : lorsqu’il met son sonotone ou le dépose sur sa table de chevet, dans ses tics avec ses mèches de cheveux rebelles, avec son regard de gosse, pétillant lorsqu’il cherche un cadeau pour sa fille et trouve une chemise flashy vert-pomme brodée d’un « S » pour Stephanie (plus à sa place sur le dos d’un catcheur que sur celui d’une étudiante lesbienne), déçu quand le gamin du quartier auquel il propose une autre partie de jeux de catch sur une Nintendo des années 80 lui dit qu’il doit y aller après lui avoir expliqué que « Call of Duty IV » c’était pas mal non plus.

C’est un film superbe, magnifiquement réalisé, extraordinairement interprété. J’aime beaucoup le cinéma d’Aronofsky, et je l’aime encore mieux après avoir vu The Wrestler, son meilleur film. Il confirme quel grand réalisateur il est.
Je n’ai pas encore vu tous les films sélectionnés pour les prochains Oscars, mais si Mickey Rourke obtient celui du meilleur acteur, je ne serais pas choqué.

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